Charles Mossa, opticien et collectionneur de lunettes vintage – EYESEEMAG

Avec certains modèles, certaines matières, il peut y avoir quelques difficultés mais nous avons un atelier dédié à ce travail. En effet, une lunette vintage qui dort, même parfaitement bien stocké, depuis 40 ans a pu se déformer. Il faut alors parfois faire un rhabillage, souvent changer les verres pour la mettre aux normes actuelles. Bien entendu on ne touchera pas à des verres d’exception comme les verres Bausch & Lomb qui équipaient les premières Ray-Ban « Aviator » utilisées par l’armée américaine ou d’autres marques mythiques.

Pour ce qui est de monter des verres neufs adaptés à sa vue sur une lunette ancienne, le concept est quasiment le même que sur des montures neuves actuelles. La difficulté tient dans la manipulation du matériel. En effet, des matières comme l’acétate sont d’une qualité différente dans les lunettes vintage par rapport aux fabrications d’aujourd’hui. Actuellement, la demande du marché est telle que souvent, l’acétate est fabriqué à flux tendu. On ne laisse pas le temps aux solvants de s’évaporer avant de l’usiner. L’acétate d’aujourd’hui va donc continuer à travailler, un peu comme un bois frais, ce qui n’est pas idéal d’un point de vue qualitatif. Bien sûr, les matériaux anciens ont perdu leur acétone depuis longtemps, d’une part parce qu’à l’époque on livrait des acétates qui avaient eu le temps de sécher et d’autre part, parce que ce sont des stocks qui dorment depuis plusieurs années. Au toucher et à manipuler cet acétate se rapproche par ses qualités des matières naturelles (corne, écaille, galalithe ou bois) car il est libéré de ses solvants chimiques et se compose essentiellement de la cellulose issue du bois et du coton. Lorsque l’on manipule des modèles aussi anciens, on les travaille avec respect, on évite toutes les tensions dans les montures. Les lunettes en acétate ainsi rééquipées se déformeront finalement beaucoup moins que des modèles actuels.

Côté verres, on a fait tellement de progrès techniques que l’on peut adapter des verres de vue sur pratiquement tous les types de lunettes. Il y a assez peu de contraintes, comme celle d’éviter par exemple les lunettes « oversize » typiques des années 1970, quand on a une très forte myopie. Bien entendu, si la vue change, on peut rééquiper ses lunettes préférées avec de nouveaux verres, plusieurs fois de suite, au fur et à mesure des années. D’ailleurs à l’époque, on n’achetait pas ses lunettes uniquement pour 1 ou 2 ans. On en consommait moins, on y faisait attention et on les gardait longtemps. Les qualités des lunettes, comme la qualité de l’acétate évoquée en exemple ci-dessus, étaient supérieures. A priori, tout bon opticien, avec quelques précautions, peut changer les verres d’une lunette vintage, excepté peut-être pour quelques modèles très anciens, comme certains pince-nez et face à main, qui tiennent un peu plus de l’horlogerie.